Le nouveau DG avait la lourde tâche de remettre la maison en ordre en réglant d'abord l'épineux problème du respect du plafond salarial. Pour ce faire, il devait entreprendre un grand ménage : abandonner de gros contrats, afin de se donner une marge de manœuvre, que son prédécesseur avait négligée.
Bien sûr, son entraîneur chef, Kevin O'Connell, devait être consulté pour décider quels joueurs laisser partir, et quels remplaçants recruter. Tout ça en gardant en tête de mettre de l’argent de côté pour réussir à boucler le nouveau budget.
Cette opération délicate tombait au moment où Teasley (photo ci-dessus) et O'Connell devaient composer avec un contexte compliqué par la concurrence acharnée des trois autres équipes de leur division (Nord de la Conférence Nationale).
L'an dernier, les Vikings devaient rivaliser dès le départ avec les puissances que représentaient les Lions de Détroit et les Packers de Green Bay. Mais Ben Johnson ayant relevé les Bears de Chicago jusqu'au point qu'ils ont remporté le titre de la section Nord, voilà que Kevin O'Connell doit préparer sa formation à faire face à une triple opposition redoutable, cette saison, avec une masse salariale restreinte.
Que faire dans une telle situation ? La saison dernière, son équipe avait été éliminée malgré une fiche passable de neuf victoires, huit défaites. Sa défensive, menée de main de maître par son brillant coordonnateur Brian Flores, (photo ci-dessous) n'était pas en cause. Elle a terminé au 3e rang de la NFL pour les verges accordées par match (282,6) et au 7e pour les points concédés avec 19,6.
C'était plutôt l'attaque qui était à blâmer, 26e pour les points marqués (20,2 par rencontre) et 28e pour les verges gagnées (275 en moyenne par partie). Cette faiblesse ne pouvait être attribuée ni aux receveurs, ni aux demis offensifs, ni même à la ligne offensive. Le véritable responsable était sans aucun doute le quart arrière, J.J. McCarthy, qui, en dix matchs, avait affiché les pires statistiques de rendement pour un pivot de la NFL en 2025-2026.
Il n’était pas question pour Kevin O’Connell d’affronter la rude concurrence de sa division avec McCarthy dans son onze de départ, la saison prochaine. Il pense avoir trouvé la solution avec l'acquisition de Kyler Murray, un rejet des Cardinals de l'Arizona. De plus, il ne coûte que le salaire minimum de 1,3 million de dollars pour un an, les Cards acceptant de payer le reste de son contrat (35,5 millions) pour s'en débarrasser.
Tout premier choix au repêchage de 2019, Murray n'a pas livré la marchandise avec les Cardinals, comme le montre son bilan de 38 gains, 49 échecs, et un match nul, comme quart partant. Il a mené son club à une seule participation aux séries éliminatoires, en 2021, une défaite cinglante de 34 à 11 contre les Rams de Los Angeles.
Mais Kevin O'Connell (photo ci-dessus) pense qu'il peut faire avec lui ce qu'il a réussi avec Sam Darnold, il y a deux ans. Ce piètre passeur n'allait nul part, avec une carrière décevante, avant de se joindre aux Vikings et de les conduire à un dossier incroyable de 14 victoires, trois revers, en 2024-25, ce qui a d'ailleurs valu à Kevin O'Connell le titre d'entraîneur de l'année dans la NFL.
L'année suivante, refusant de lui accorder une substantielle augmentation de salaire, les Vikings l'ont laissé partir, et il est allé gagner le Super Bowl avec les Seahawks de Seattle, en février dernier.
À première vue, Kyler Murray ne cadre pas dans le style de quart que O'Connell aime. Le coach des Viks préfère les quarts arrières qui reçoivent le ballon directement sous le joueur de centre pour favoriser le "play action", et restent dans la pochette pour lancer le ballon. Tandis que Murray est un adepte de la position "shotgun", et est réputé pour sortir de la zone de protection, que ce soit pour effectuer ses passes, ou courir lui-même avec le ballon. Ça peut s'expliquer par sa petite taille (5'10") qui l'empêche souvent de voir par-dessus les grands joueurs massés sur la ligne de mêlée.
Ce que Kevin O'Connell apprécie de Kyler Murray c'est la précision de ses passes (67,1 % taux de complétion), et son ratio "passes de touché vs interception" (121:60). Il est important que Murray limite les revirements, car O'Connell a expliqué que par le passé, lorsque son équipe a commis autant ou moins de revirements que l’adversaire, les Vikings ont affiché un bilan de 35 victoires pour seulement quatre défaites.
La saison dernière le quart J.J. McCarthy a multiplié les erreurs en redonnant le ballon aux adversaires 14 fois en dix matchs. Un problème de "mécanique", dans son geste de passe, expliquerait ses tirs imprécis.
Quoi qu'il en soit, si Murray pouvait seulement être moyen dans ses performances, ça pourrait suffire à O'Connell et aux Vikings, étant donné le talent qui l'entoure : une bonne ligne offensive, des receveurs dangereux, et des demis offensifs convenables.
Sur la ligne offensive, le bloqueur à gauche, Christian Darrisaw (photo ci-dessus) a bien performé l'an passé, mais pas à son niveau d'excellence habituel. Il n’a joué que dix matchs et s’est retiré assez tôt de cinq autres, semblant ménager le genou qu’il s’était blessé la saison précédente.
Le garde à gauche, Donovan Jackson a connu une saison recrue intéressante l'an dernier. Son blocage sur les jeux au sol est à améliorer, mais en protection sur les jeux de passe il a assez bien fait, ne permettant que deux sacs (aucun dans les neuf derniers matchs) et cinq coups sur les quarts arrières. Selon les entraîneurs, ce choix de première ronde en 2025 apprend vite, comme le prouve sa progression en seconde moitié de saison. C'est prometteur pour cette année et celles à venir.
Pour sa part, Blake Brandel reviendra au centre, comme l'an passé, même si sa position naturelle est garde ou bloqueur. D'ailleurs, peu familier à la position de centre, il éprouve des difficultés lors des remises de ballon, un point technique à améliorer, tout comme sa discipline, puisqu'il écope de trop de pénalités. Sinon, sa polyvalence, son intelligence du jeu, sa facilité à lire les défensives ennemies, le servent bien, surtout en protection de passe. Il prend la relève de Ryan Kelly, contraint de prendre sa retraite l’an dernier, après avoir subi ses quatrième, cinquième et sixième commotions cérébrales.
Le garde à droite Will Fries (photo ci-dessus) a sous performé en 2025 après avoir été obtenu des Colts d'Indianapolis, où il s'était fracturé une jambe. Revenu au jeu sans préparation physique adéquate, après sa période de réhabilitation, il a quand même réussi à jouer sur 99 % des jeux offensifs des Vikings, un exploit digne de mention ! Il a concédé trois sacs, quatre coups sur ses quarts arrières, et 37 pressions. Il se dit maintenant à 100 % de ses capacités, ne ressent plus de douleur, et est prêt à entamer du bon pied la prochaine campagne, avec comme objectif de retrouver son niveau de jeu d'avant sa blessure à la jambe.
Le bloqueur à droite Brian O'Neill a été la star de cette ligne offensive, en 2025. C'est une valeur sûre dans les deux phases du jeu : protection et blocage.
La plus grande force de l'attaque des Vikings, est leur groupe d'ailiers espacés. Depuis sa saison recrue en 2020, Justin Jefferson a été le meilleur receveur de la NFL, peut-être à égalité avec Ja'Marr Chase, des Bengals de Cincinnati. Ses stats ont beaucoup baissé l'an dernier, avec 1 048 verges de gains et seulement deux touchés, mais le manque de bons quarts arrières chez les Viks y est sûrement pour quelque chose...
Son coéquipier Jordan Addison (photo ci-dessus) a aussi subi les mêmes conséquences et a vu sa production diminuer. Mais à seulement 24 ans, sa progression reprendra avec un passeur plus respectable et performant.
Il y a du nouveau au poste d'ailier éloigné no 3. Jauan Jennings, l'ancien vétéran de cinq saisons avec les 49ers de San Francisco, remplace Jalen Nailor, recruté par les Raiders de Las Vegas. Il cadre parfaitement dans les besoins de sa nouvelle équipe par son physique imposant de 6'3", 212 lbs, qui l'avantage pour les attrapés contestés, ce qui manquait dans le personnel des Vikings.
Sa robustesse fait en sorte qu'il peut quasiment servir d'ailier rapproché pour saisir des passes en milieu de terrain, ou à courte distance dans la zone rouge (red zone). Il a marqué neuf touchés avec les Niners la saison dernière.
C'est un des meilleurs ailiers offensifs de la Ligue pour bloquer sur les jeux au sol. Au Minnesota, il bénéficiera de la présence de Justin Jefferson (photo ci-dessus) qui attire toujours les couvreurs des défenses adverses, ce qui laissera d'autant plus d'espace à Jennings pour se faufiler entre les zones extérieures.
Si Jennings peut presque passer pour un ailier rapproché à cause de son style physique, ça adonne bien car l'ailier rapproché officiel, T.J. Hockenson, est en déclin depuis qu'il a été blessé gravement à un genou en décembre 2023. Il a même dû accepter une baisse de salaire cette année, et il pourrait être remercié de ses services si ça ne clique pas avec Kyler Murray cette saison...
Au chapitre du jeu au sol, les demis offensifs Aaron Jones Jr et Jordan Mason ont connu une assez bonne saison en 2025-26. Jones aura 32 ans au début décembre, et il a effectué moins de courses que son coéquipier porteur de ballon (132 contre 159 pour Mason). Sa faiblesse, c'est qu'il a fini au dernier rang de la Ligue pour le nombre de plaquages brisés, en 2025-26.
Mason (photo ci-dessus) a gagné en moyenne 4,8 verges par portée contre 4,2 pour Jones. Mais ce dernier a été plus sollicité pour l'attaque aérienne en captant 28 passes pour une moyenne de 7,1 verges de gains par attrapé. Mason n'a que 28 réceptions à son crédit, en quatre ans de carrière.
En joignant leurs forces, les deux compères ont apporté en moyenne 112,9 verges de gains totaux par match, à l’attaque de leur équipe. Mais au final, en additionnant tous les gains combinés des coureurs du club du Minnesota en 2025-26, cela les place seulement à la 23e position du circuit Goodell.
Au plus récent repêchage, les Viks ont sélectionné l'intriguant demi offensif Demond Claiborne, un gars ultra rapide qui court le 40 verges en 4,37 secondes. Il pourrait occasionnellement servir de "changement de vitesse" dans le champ arrière de son club, et aussi sur les unités spéciales, comme retourneur de bottés. À 5'10", 188 lbs, sa petite taille pourrait toutefois le désavantager.
Finalement, la recrue Max Bredeson (5e tour, Michigan ⇨ no 45 photo ci-dessus) remplacera C.J. Ham (parti à la retraite) à la position de "full back". À Michigan il a démontré un grand talent comme bloqueur.
Pour respecter le plafond salarial, le nouveau gérant général Nolan Teasley a dû effectuer des coupures dans la brigade défensive. Les joueurs de ligne Jonathan Allen (Cincinnati) et Javon Hargrave (Green Bay) ont signé des contrats avec d'autres équipes, et Jonathan Greenard a été échangé aux Eagles de Philadelphie contre deux choix de repêchage de 3e ronde.
Harrison Smith a été "techniquement" libéré par les Vikings après 14 saisons, mais il n'a pas encore décidé s'il prendra sa retraite. Il pourrait signer une nouvelle entente pour revenir avec l'équipe. Il n'a pas participé au camp d'entraînement ni aux matchs pré saison.
Le coach de l'unité défensive 3-4 des Viks, Brian Flores, va semble-t-il remplacer Greenard par Dallas Turner (photo ci-dessus), qui a dominé pour le nombre de sacs (8) pour les Vikings, la saison dernière. Les trois autres postes de secondeurs de ligne seront occupés par Eric Wilson, Blake Cashman, et Andrew Van Ginkel, trois gars dans la trentaine qui sont bien établis dans la grande ligue. La recrue Jake Golday (2e tour, Cincinnati) les remplacera quand ils auront besoin de reprendre leur souffle sur les lignes de côté...
Turner est le plus équilibré du quatuor, avec de bonnes performances autant en couverture de passe que pour contrer le jeu au sol. Sur le "pass rush" il a réussi 42 pressions l'an passé.
Wilson et Blake excellent pour stopper les coureurs adverses, mais en arrachent contre les jeux aériens. Van Ginkel (photo ci-dessous) est généralement fiable.
Comme les autres joueurs de l'unité défensive, les secondeurs doivent se tenir prêts à tous moments, car Flores commande souvent le blitz (48 % des jeux, les plus proches défenses des autres équipes - Falcons, Chiefs, Bucs - sont à 33 ou 34 %).
Le trio qui compose la première ligne de défense manque d'expérience mais est d'assez bonne qualité. Levi Drake Rodriguez a seulement 18 matchs d'expérience et devra s'améliorer car il a été peu convaincant l'an passé (note de 57,8 selon Pro Football Focus). Jalen Redmond a mieux joué surtout pour neutraliser le jeu au sol. Il a du talent pour bien servir coach Flores sur le blitz et le pass rush. Il a réussi 35 pressions qui ont résulté en un total combiné de neuf sacs et coups sur les quarts arrières opposés.
Le groupe de partants est complété par la recrue Caleb Banks (1ère ronde, Florida) un colosse de 6'6" 327 lbs, dont on dit beaucoup de bien. Il est vif, rapide, et un chasseur de quart redoutable, promis à un statut de vedette dans la NFL.
Le plus drôle c'est qu'il aura pour substitut une autre recrue, Domonique Orange (3e tour, Iowa State ⇨ no 97 photo ci-dessus), surnommé "Big Citrus" ! Il sera employé dans une rotation quand ce sera nécessaire et utile.
Du côté de la tertiaire, la recrue Charles Demmings (5e ronde, SF Austin) a fait tourner les têtes aux essais ("combine"), et il a tellement impressionné au camp d'entraînement, qu'il semble avoir volé le poste de demi de coin partant à Isaiah Rodgers.
L'autre demi de coin sera James Pierre, (photo ci-dessous) un nouveau venu qui a été surtout un réserviste avec les Steelers de Pittsburgh depuis six ans. Brian Flores le voyait dans sa soupe et désirait l'avoir dans sa formation depuis un bout de temps ! En 255 couvertures de passe l'an dernier, Pierre n'a alloué que 16 réceptions sur 35 ciblées, il a rabattu neuf passes, et réussi une interception. Il a mérité la meilleure note de PFF pour son travail (88,1) parmi tous les demis de coin de la NFL.
Avec Rodgers, qui a bien performé la saison dernière, le groupe de demis de coin des Vikings est solide.
On ne peut pas en dire autant des demis de sûreté. Si Theo Jackson s'en est assez tiré l'an passé, Byron Murphy Jr (nickel), et Josh Metellus, ont eu de la difficulté en couverture de passe. Ce sera un point faible à surveiller pendant la prochaine campagne.
Faute de budget, les Vikings sont restés discrets sur le marché des agents libres et ont dû se serrer la ceinture. Les experts leur ont donnés la 4e plus basse note pour leur recrutement durant l'intersaison, et les trois équipes pires qu'eux n'avaient pas de choix de première ronde au repêchage de cette année...
Les unités spéciales peuvent compter sur le meilleur botteur de précision de la NFL, Will Reichard (photo ci-dessus), nommé sur la première équipe d'étoiles, la saison dernière. En deux ans de carrière, le jeune homme de 25 ans n'a jamais raté une seule transformation, et l'an passé, il a manqué seulement deux tentatives de placement (33 réussis en 35 au total, son plus long a été de 62 verges) et c'était sur 50 verges et plus.
Le bon vieux botteur de dégagement Johnny Hekker, 36 ans, est arrivé au Minnesota ce printemps pour remplacer Ryan Wright, qui a signé un gros contrat avec les Saints de la Nouvelle Orléans. Mais, coup de théâtre, il a perdu sa bataille au camp d'entraînement contre la recrue Brett Thorson, un Australien de 26 ans. Hekker a été libéré par les Vikings le 30 août, pour redevenir agent libre.
Le petit receveur réserviste Myles Price, 5'9", 183 lbs s'occupera des retours de bottés. Il en a réalisé huit très longs la saison dernière, mais il a tendance à mal protéger le ballon. Le petit bolide, la recrue Demond Claiborne, pourrait bien le défier pour lui prendre sa place.
Néanmoins, si Kyler Murray parvient à offrir une performance ordinaire ou moyenne, comme il l’a fait depuis le début de sa carrière, il pourrait bien réussir sa part de jeux explosifs, grâce à l’excellent groupe de receveurs dont il dispose en attaque, et par son talent de coureur sur le jeu au sol. Est-ce que ce sera suffisant pour faire gagner sa nouvelle équipe ?
À moins qu'il soit complètement perdu dans le système offensif de Kevin O'Connell, qui sera nouveau pour lui, il ne devrait pas lancer 21 interceptions (un sommet dans la NFL en 2025-26) comme les quarts arrières des Vikings l'ont fait la saison dernière. Il protège bien le ballon habituellement.
Kevin O'Connell l’a lui-même souligné : quand ses joueurs remportent la bataille des revirements, ils gagnent très souvent leurs matchs. En 2025, ils affichaient un différentiel de -9 dans ce domaine, ce qui les plaçait au 30e rang de la Ligue Nationale.
Avec la forte concurrence dans leur division, de nombreux observateurs prévoient que les Vikings finiront avec huit ou neuf victoires, bons derniers de la section Nord de la NFC.
Kevin O'Connell est à la recherche de sa première victoire en playoffs depuis qu'il entraîne les Vikings (2022), il ne semble pas être en mesure de l'obtenir cette saison.
Au lieu de trop se fier sur un quart arrière qui n'a pas vraiment émergé ou percé dans la NFL, il devrait plutôt lui enlever de la pression en améliorant l'attaque terrestre. Elle a été un peu mise de côté ces derniers temps, mais elle peut apporter davantage cette saison, grâce au blocage plus efficace des gars de la ligne offensive.
Bref, c'est un effort collectif constant qui pourrait sauver la saison des Viks, en balayant les incertitudes et les faiblesses, cette année. O'Connell et Brian Flores ont l'habitude et le pouvoir de soutirer le meilleur de leurs joueurs. Ce sera encore plus important cette année.


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