Cette année, la saison de la Ligue Nationale de Football (NFL) démarre plus tôt. Dès le 9 septembre, le match d’ouverture mettra aux prises les finalistes du dernier Super Bowl : les champions de la Conférence Américaine, les Patriots de la Nouvelle-Angleterre, se déplaceront à Seattle pour affronter les champions de la NFL, les Seahawks.
Chez les Pats, on voudra démontrer que les exploits inattendus de la saison 2025 (une fiche impressionnante de 17 victoires contre seulement quatre défaites) ne relevaient pas de la chance ni d’un calendrier particulièrement avantageux (le troisième plus facile de l'histoire moderne de la NFL, selon certaines sources).
L’an dernier, le nouveau coach des Patriots, Mike Vrabel, avait prédit une saison gagnante pour son équipe. De nombreux analystes et parieurs étaient plutôt d’accord avec lui, même si la marche était haute après une campagne précédente catastrophique de quatre victoires en dix-sept matchs. Mais de là à imaginer quatorze victoires en saison régulière, et une place au Super Bowl, personne ne l’avait vu venir.
Il faut reconnaître qu’avant la saison, la direction du club avait fait un excellent travail de reconstruction en recrutant, entre autres, de très bons agents libres. Vrabel, de son côté, a eu un impact extrêmement positif, au point de remporter le titre d’entraîneur de l’année dans la NFL.
L'autre grande raison de ce revirement spectaculaire de l'équipe a été le jeu du jeune quart arrière Drake Maye, qui a survolé presque toutes les catégories statistiques des quarts arrières de la NFL la saison dernière. Il a terminé premier de la NFL, au taux d’efficacité des quarts arrières, avec un rating de 113,5. En séries éliminatoires, il a toutefois été moins impressionnant, mais il faut dire qu’il a affronté quatre des meilleures défenses de la NFL : les Chargers, les Broncos, les Texans, et les Seahawks.
La seule raison pour laquelle il n’a été battu que par un vote de première place au scrutin du joueur le plus utile à son équipe (MVP) est ce sempiternel reproche concernant le calendrier facile de son équipe. Matthew Stafford, des Rams de Los Angeles, a décroché le prestigieux titre de MVP par un vote serré de 366 à 361.
Cette saison, Maye devra affronter des défenses plus redoutables que l’an passé en raison d’un calendrier plus exigeant pour son équipe. Comment va-t-il s’en sortir ?
Avec un calendrier nettement plus relevé cette année, les pronostiqueurs prévoient pour les Patriots de Mike Vrabel une fiche plus modeste : autour d’une dizaine de victoires, mais tout de même une place en séries éliminatoires, dans une Conférence Américaine plus compétitive en 2026.
On saura vite à quoi s’en tenir sur la force de cette équipe dès le premier mois, avec des matchs contre les Seahawks à Seattle, puis un duel face aux Steelers de Pittsburgh à Foxborough, et deux autres rencontres à l’extérieur, à Jacksonville et à Buffalo. Ce sont tous des adversaires de haut niveau.
En fait, la moitié de leurs futurs adversaires en 2026-27 ont participé aux dernières séries éliminatoires, et des équipes absentes des playoffs comme les Chiefs de Kansas City ou les Lions de Détroit devraient rebondir cette année, et ne seront pas des proies faciles pour les Pats.
En plus d’un calendrier plus ardu, d’autres éléments pourraient jouer sur les performances du club du propriétaire Robert Kraft. Au printemps dernier, le scandale autour de la liaison adultère du coach Mike Vrabel avec la journaliste Dianna Russini, femme mariée, et chargée de couvrir les activités de la NFL, a fait grand bruit, et pourrait continuer d’influencer l’équipe, voire la ligue entière.
Après avoir d’abord nié toute relation intime, les deux personnes concernées ont été démenties par de nouvelles photos du couple, confirmant que leur histoire d'amour remontait à 2020. Russini a été contrainte de quitter son poste de journaliste pour The Athletic, tandis que Vrabel n’a pas été sanctionné mais reste visé par une enquête interne.
Pourquoi ce scandale est-il si important ? Ce n’est pas juste une affaire privée ou personnelle. Russini couvrait la NFL et Vrabel était une source de confiance, ce qui crée un évident conflit d’intérêts. Leurs premiers mensonges après les accusations de relation intime les ont discrédités et ont terni l’image qu’avaient d’eux le public et les fans des Patriots. Les dirigeants du club doivent maintenant gérer une crise de confiance.
En interne, on peut se demander si ce scandale ne fragilise pas l’autorité de Vrabel auprès des joueurs et du staff des Pats. Est-ce que cela pourrait devenir une distraction nuisible dans le vestiaire ? L’image du club est-elle ternie ? Un coach qui ment publiquement et trompe sa femme peut-il encore prétendre au respect du public et des vétérans de l’équipe ?
D’ailleurs, Vrabel pourrait bien devoir affronter un divorce coûteux et humiliant, ce qui augmenterait la pression sur lui et donnerait encore du grain à moudre à ses détracteurs.
En plus, la NFL ne supporte pas les scandales ni les écarts de conduite en dehors du terrain. L’affaire Vrabel-Russini touche à la fois la crédibilité de l’information sportive, l’éthique concernant les conflits d’intérêts, et la réputation de la ligue.
Les observateurs pensent que ce scandale n’affectera pas vraiment les performances des joueurs des Patriots sur le terrain cette saison. À moins que l’équipe ne commence à enchaîner trop de défaites. Dans ce cas, cette affaire désolante pourrait refaire surface, et même mener à la démission ou au licenciement de Vrabel.
Comme c'est le cas pour toutes les équipes de la NFL, il y a eu plusieurs mouvements de personnel chez les Patriots dans l'entre saison. Parmi les joueurs qui ont été libérés, ont quitté via le marché des agents libres, ou qui ont été échangés, notons les suivants :
- le receveur éloigné Stefon Diggs (photo ci-dessus), toujours agent libre mais qui intéresserait les Commanders de Washington;
- l'ailier défensif K'Lavon Chiasson, qui a signé avec les Commanders;
- l'ailier défensif Anfernee Jennings, maintenant avec les Saints de la Nouvelle Orléans;
- le joueur de ligne défensive Khyiris Tonga, embauché par les Chiefs de Kansas City;
- le joueur de centre Garrett Bradbury, échangé aux Bears de Chicago;
- le quart arrière substitut Joshua Dobbs, toujours agent libre mais qui pourrait intéresser les Dolphins de Miami ou les 49ers de San Francisco;
- le porteur de ballon Antonio Gibson, possiblement un candidat intéressant pour les Raiders de Las Vegas;
- l'ailier rapproché Austin Hooper, qui s'alignera maintenant avec les Falcons d'Atlanta;
- le plaqueur offensif Vederian Lowe, qui portera les couleurs des 49ers;
- et le demi de sûreté Jaylinn Hawkins, qui jouera maintenant pour les Ravens de Baltimore.
- l'ailier éloigné A.J. Brown (photo ci-dessus), grâce à un échange avec les Eagles de Philadelphie;
- le joueur de ligne offensive Alijah Vera-Tucker, contrat de trois ans, 42 millions de $;
- l'ailier éloigné Romeo Doubs, ex-Packers, contrat de quatre ans, 68 millions de $;
- le joueur de ligne défensive Dre'Mont Jones, contrat de trois ans, 39,5 millions de $;
- le demi de sûreté Kevin Byard, contrat d'un an, 9 millions de $;
- la recrue Caleb Lomu, joueur de ligne offensive, choix de première ronde;
- l'ailier défensif Gabe Jacas, choix de deuxième ronde au repêchage de cette année;
- l'ailier rapproché Eli Raridon, choix de troisième ronde cette année;
- le full back Reggie Gilliam.
Ces changements devraient rendre les Patriots plus performants que l’an dernier.
Un autre facteur qui pourrait remettre en question cette évaluation, ce sont les blessures. La saison dernière, les Patriots ont été l’équipe la moins affectée par les blessures dans la NFL. Ils n'ont perdu que 43,5 parties à cause des éclopés (dont la blessure à l'as de la défensive, le secondeur de ligne Robert Spillane, photo ci-dessus). Les champions, les Seahawks de Seattle, ont également été épargnés par ce problème (3e club avec le moins de blessures).
Fait surprenant et révélateur, sept des dix clubs ayant pris part aux séries éliminatoires la saison dernière figuraient parmi les équipes les plus épargnées par les blessures. Mais c’est le genre de phénomène qui se produit rarement deux années consécutives, et les Patriots pourraient en payer le prix cette saison en étant davantage éprouvés par les blessures à des joueurs importants.
On note déjà qu’A.J. Brown, receveur d’élite censé dynamiser l’attaque aérienne des Patriots cette saison, selon plusieurs experts, a déjà connu des soucis avec une blessure au genou. Il pourrait être devenu un joueur fragile.
Sans oublier que l’an dernier, il a joué en dessous de son potentiel, créant une distraction négative en se plaignant de la façon dont les Eagles l’utilisaient. Sa grande force c'est de savoir éviter les plaqués, d'être rapide et élusif. Mais va-t-il encore semer le trouble en manquant de discipline avec les Patriots ? Vrabel a déjà commencé à lui crier dessus pendant le camp d’entraînement...
Brown est sans doute le receveur no 1 que les Pats attendaient depuis longtemps, mais y a-t-il vraiment une grande différence avec celui qu’il remplace ? Stefon Diggs a tout de même terminé 12e de la Ligue pour le nombre de passes captées avec 85 réceptions, accumulant 1 013 verges grâce à ces attrapés.
Pendant l’entre saison, la direction a cherché à corriger les principales faiblesses de l’équipe. La plus évidente, mise en lumière lors de la lourde défaite face à la redoutable défense des Seahawks au Super Bowl, était le manque de protection de Drake Maye par sa ligne offensive.
Maye a certes deux meilleurs receveurs en Romeo Doubs (photo ci-dessus) et A.J. Brown, mais s'il est toujours sous pression parce que sa ligne à l'attaque ne le protège pas suffisamment, il n'aura pas le temps ou les conditions idéales pour les rejoindre avec des passes précises.
Maye a encaissé 47 sacs la saison dernière, le troisième plus haut total de la NFL. Malgré les ajustements apportés à la ligne offensive cet été, on doute qu’elle parvienne à réduire ce chiffre cette saison. Plus un quart arrière se fait frapper souvent et durement, plus il risque de se faire blesser.
Autre détail lié à cette situation : Maye a eu la chance de s’en sortir avec seulement huit interceptions l’an dernier. Selon Pro Football Focus, il a été impliqué dans 26 jeux qui auraient pu mener à des revirements, ce qui représente le deuxième plus haut total dans la NFL. Maye risque de manquer de chance cette saison s’il continue à jouer ainsi avec le feu.
Pour améliorer la faible protection du quart arrière, les Patriots ont recruté le garde Alijah Vera-Tucker (photo ci-dessus), souvent freiné par les blessures tout au long de sa carrière avec les Jets de New York. Il a d'ailleurs raté toute la saison dernière en raison d'un triceps tordu. Les Pats pourront-ils vraiment compter sur lui pendant toute la campagne 2026-27 ?
Toujours sur la ligne d’attaque, on ne sait pas non plus si le plaqueur à gauche, Will Campbell, saura faire oublier ses performances décevantes de la saison dernière, sa première en NFL. Il faut dire qu’après un bon départ, son niveau de jeu a chuté, probablement parce qu’il jouait blessé. Il a alloué neuf sacs à sa saison recrue, l'an passé, ce qui est beaucoup trop.
Reste à voir si la recrue Caleb Lomu saura confirmer les promesses de sa brillante carrière amateur en intégrant le onze de départ de cette attaque. On se demande aussi si le plaqueur Morgan Moses va continuer à décliner et rester fragile face aux blessures, tandis que le nouveau centre Jared Wilson (photo ci-dessous) pourrait ne pas encore être prêt à endosser convenablement ses nouvelles responsabilités.
Le facteur clé sera la performance de cette ligne offensive des Patriots. Si elle ne parvient pas à protéger efficacement Drake Maye, l’attaque pourrait en pâtir sérieusement, et cela risquerait d’avoir de lourdes conséquences sur le succès de l’équipe.
Le porteur de ballon TreVeyon Henderson faisait lui aussi partie du problème de protection du quart arrière lors des situations de passe. Aura-t-il corrigé cette faiblesse pour sa deuxième saison dans le circuit Goodell ? Son temps de jeu en avait un peu écopé l’an dernier, alors qu’il est pourtant supérieur à son coéquipier Rhamondre Stevenson pour gagner des verges au sol, ou comme receveur de passes.
On pense aussi que l’arrivée du full back Reggie Gilliam, en provenance des Bills de Buffalo, va influencer la stratégie de jeu au sol du coordonnateur offensif Josh McDaniels, qui apprécie particulièrement utiliser ce type de joueur. L'attaque au sol des Patriots a été productive en 2025-26 avec 2 191 verges de gains (6e rang de la NFL) et 22 touchés (4e), mais elle peut faire encore mieux la saison prochaine en étant plus solide et consistante.
En ce qui concerne les joueurs blessés, l’ailier défensif Harold Landry (no 2 photo ci-dessus) ne s’est toujours pas remis de sa blessure au genou survenue vers la fin de la saison dernière. On ne sait pas encore s’il sera prêt pour le début de la prochaine saison. C'est un élément important de la défensive de Vrabel.
Pour renforcer leur défense, les Patriots ont sélectionné l’ailier défensif Gabe Jacas en deuxième ronde, dans l’espoir de combler le manque de pression exercée sur les quarts arrières adverses. Jacas a excellé dans ce rôle au niveau collégial avec Illinois. Les chasseurs de quarts des Pats n’ont enregistré que 35 sacs l’an dernier, le 5e plus faible total de la NFL, et Landry a été leur meilleur atout à ce chapitre avec 8½.
La faiblesse des ailiers défensifs reste le principal point faible de l’équipe, et on doute que l’arrivée du vétéran Dre’Mont Jones puisse compenser le départ de K’Lavon Chaisson, auteur de 7½ sacs en 2025-26.
Heureusement, même si les premières lignes de défense leur apportent peu de soutien pour mettre la pression sur les quarts arrières adverses, les membres de la tertiaire des Patriots représentent la plus grande force de l’équipe.
Les demis de sûreté Craig Woodson, Kevin Byard (meilleur intercepteur en 2025-26 avec sept interceptions lorsqu’il évoluait chez les Bears, et sélectionné dans la première équipe d’étoiles ⇨ no 31 photo ci-dessus), Dell Pettus, Mike Brown, et Brenden Schooler, constituent la meilleure unité de la Ligue nationale après celle des Ravens de Baltimore.
Les demis de coin Christian Gonzalez, Carlton Davis, Marcus Jones, Charles Woods, et Karon Prunty se classent eux aussi au deuxième échelon de la NFL en termes de performance.
Gonzalez (photo ci-dessus) est toutefois en conflit au sujet de son contrat. C’est un joueur d’élite et un compétiteur acharné. Il a d’ailleurs défié A.J. Brown pendant le camp d’entraînement, au point que les deux ont failli en venir aux mains récemment.
Brown a subi une luxation du pouce, mais Vrabel a assuré qu’il allait bien. Le coach des Pats veut préserver la réputation de sa défense, connue pour son jeu physique et agressif.
La situation du groupe de receveurs des Patriots a changé avec l'arrivée de Brown et de Romeo Doubs. Il y a une congestion à ce poste puisque pas moins de sept receveurs espacés sont sur les rangs. On se demande qui sera le receveur éloigné no 3 entre Kayshon Boutte (qui a demandé à être échangé), DeMario Douglas, Marck Hollins, et Kyle Williams.
Hunter Henry demeure l'ailier rapproché favori de Drake Maye, et la recrue Eli Raridon lui servira de substitut, après le départ d'Austin Hooper pour les Falcons d'Atlanta.
En somme, avec un calendrier plus exigeant, il est normal de s’attendre à une régression des Patriots cette saison, même s’ils présentent un meilleur alignement sur papier. Les équipes qui perdent le Super Bowl rencontrent souvent quelques difficultés la saison suivante.
C’est pareil pour les coachs qui décrochent le titre d’entraîneur de l’année, comme Mike Vrabel la saison dernière, et en 2021, avec les Titans du Tennessee. En moyenne, après avoir reçu cette distinction, les entraîneurs de l’année en NFL encaissent trois défaites supplémentaires la saison suivante.
La loi de la moyenne s'applique particulièrement aux clubs qui ont connu une grosse progression, comme les Patriots l'an passé. L'année d'après ils reviennent à des résultats plus modestes. Et cette saison encore, les protégés de Mike Vrabel devront composer avec la forte opposition des Bills de Buffalo dans leur division (Est de l'AFC).
Même si les Pats devront sans doute se contenter d’un bilan moins impressionnant qu’en 2025-26, ils resteront dans le top 5 de la NFL, et se battront encore pour décrocher le titre ultime du Super Bowl.
