Certains de ses coéquipiers des Bills de Buffalo avaient aussi les larmes aux yeux après cet autre échec amer. Était ce en voyant leur leader exceptionnel pleurer ? Ou parce qu’ils se sentaient coupables de ne pas l’avoir suffisamment soutenu pour enfin le voir triompher dans cette inlassable quête d’un Super Bowl qui lui échappe depuis huit longues années ?
Depuis 2017, seuls les Chiefs de Kansas City ont remporté plus de matchs que les Bills de Buffalo, - avec trois victoires en cinq participations au Super Bowl -. Durant cette période, l’équipe menée au front par Josh Allen est la seule en NFL à s’être qualifiée sept saisons consécutives pour les séries éliminatoires. Sans toutefois arriver à la terre promise...
Même s’ils ont souvent aligné de bonnes équipes depuis une trentaine d’années, les Bills n’ont jamais retrouvé le Super Bowl depuis la période 1991-1994, lorsqu’ils avaient encaissé quatre défaites consécutives dans ce match de championnat de la NFL.
Ces dernières années, Josh Allen a souvent croisé de grands quarts arrières qui lui ont barré la route vers le match ultime : Patrick Mahomes des Chiefs, Joe Burrow des Bengals de Cincinnati, ou encore Tom Brady des Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Cette saison, aucun d’eux n’était là pour l’arrêter.
L’occasion était donc idéale pour Allen et son équipe de réaliser leur rêve : atteindre le Super Bowl tant convoité depuis longtemps par eux et leurs nombreux partisans.
C’est aussi pour ça que plusieurs joueurs des Bills avaient les larmes aux yeux après cette défaite amère à Denver : l’impression d’avoir encore une fois déçu leurs centaines de milliers de fans. De ne pas avoir tenu une vieille promesse de championnat, alors même qu’ils peuvent compter sur l’un des meilleurs quarts arrières de sa génération.
Allen a maintenant 30 ans, et la possibilité de gagner le trophée Vince Lombardi est encore là. Mais pour combien de temps ? Même s'il transporte son club sur ses épaules, il ne peut pas tout faire seul, il a besoin de plus de soutien.
Le propriétaire des Bills, Terry Pegula (photo ci-dessus), était présent lors du point de presse d’Allen à Denver, le 17 janvier. Il a vu toute la douleur de "l'agonie de la défaite" dans les yeux larmoyants de son quart arrière vedette. Il en a déduit que des changements étaient nécessaires pour que son équipe franchisse enfin la dernière étape vers le Super Bowl, car il y a plus que jamais urgence en la demeure...
Deux jours plus tard, il remerciait l’entraîneur chef Sean McDermott, malgré son impressionnant bilan gagnant avec les Bills depuis 2017 (98 victoires et 50 défaites en saison régulière, ainsi que huit gains et huit revers en séries éliminatoires).
Plusieurs candidats ont été interviewés pour pourvoir le poste vacant, mais les Bills ont choisi de promouvoir Joe Brady (photo ci-dessus), qui continuera également à assumer les fonctions de coordonnateur offensif, poste qu’il occupe depuis novembre 2023.
Il partagera ces dernières responsabilités avec Pete Carmichael Jr, un coach expérimenté avec qui il a déjà collaboré lorsqu’ils étaient ensemble chez les Saints de La Nouvelle Orléans en 2017 et 2018.
Les Bills ont également nommé un nouveau coordonnateur défensif, Jim Leonhard, qui a déjà annoncé qu’il passerait au système 3-4 au lieu du 4-2-5 qui est utilisé depuis neuf ans par McDermott.
Les vétérans de la défense ne sont pas familiers avec cette approche. Le joueur de ligne défensive Ed Oliver (photo ci-dessus) a même affirmé que tout ce qu’il avait appris à son poste, en première ligne, semblait maintenant perdu, et qu’il devrait réapprendre à jouer dans ce nouveau système.
C’est d’ailleurs une préoccupation pour les supporters de l’équipe. Combien de temps faudra-t-il avant que les ajustements liés à cette nouvelle défensive portent leurs fruits ? En attendant, est-ce que ça va nuire aux performances de cette défense, grande responsable des insuccès du club en séries éliminatoires depuis huit ans ?
Le plus grand changement en passant du 4-2-5 au 3-4, c’est que Greg Rousseau (photo ci-dessous) et Michael Hoecht devront s’adapter. Depuis leurs positions habituelles à l’intérieur de la première ligne, ils devront dorénavant s’aligner davantage vers l’extérieur, et parfois assumer de nouvelles responsabilités en couverture de passes.
Sous la houlette des nouveaux entraîneurs, on a procédé à un grand ménage, surtout en défense. Ont été libérés ou échangés : les demis de coin Taron Johnson, Dane Jackson, Dorion Strong, MJ Devonshire et Daryl Porter Jr.; ainsi que les demis de sûreté Taylor Rapp et Wande Owens. Ils ont été remplacés par le demi de coin Dee Alford (ex-Falcons d’Atlanta), et les demis de sûreté Geno Stone (ex-Bengals de Cincinnati) et C.J. Gardner-Johnson (ex-Texans et ex-Bears).
Les secondeurs de ligne restent la principale faiblesse de l’équipe, avec le fragile Terrel Bernard, souvent blessé, et Dorian Williams, un joueur qui pourrait être amené à jouer un rôle plus important cette saison, lui qui n’a été qu’un joueur à temps partiel lors de ses trois premières années avec l’équipe.
Les chasseurs de quart des Bills n’ont réussi que 36 sacs en 2025-2026, mais avec le système 3-4, Jim Leonhard pense qu’ils pourraient faire mieux cette saison grâce à des permutations de joueurs et des blitz.
Les Bills manquent aussi de profondeur au poste de demi de coin. Mis à part Christian Benford (photo ci-dessus), l’un des meilleurs de la NFL à sa position, il y a peu de coéquipiers de qualité pour l’épauler. Les Bills sont mieux pourvus aux postes de demis de sûreté grâce à la signature de Gardner-Johnson, et à l’apport de Cole Bishop, qui devrait continuer à progresser cette saison.
Depuis 2020, lors des défaites qui ont conduit à leur élimination en séries éliminatoires, la défense des Bills a accordé en moyenne 33,2 points par match. Josh Allen n’a donc pas à porter seul la responsabilité de ces éliminations... loin de là !
En attaque, Allen aurait bien besoin de plus de soutien aussi, surtout au niveau des receveurs éloignés. Pour le jeu au sol, il peut compter sur James Cook, le porteur de ballon le plus productif de la NFL la saison dernière avec 1 621 verges de gains. Cook (photo ci-dessous) est bien secondé dans le champ arrière par Ray Davis, qui affiche d’excellentes moyennes de 4,7 verges par course, et de 8,6 verges par réception de passe.
La ligne offensive fait aussi partie du top 5 de l'élite du circuit Goodell, mais elle pourrait être affaiblie après le départ du garde à gauche David Edwards, maintenant un membre des Saints de la Nouvelle Orléans, et qui n'a pas vraiment de remplaçant de son niveau chez les Bills.
Quand les fans, les analystes, et les journalistes ont fait remarquer à l’entraîneur Sean McDermott qu’il manquait au moins un bon receveur espacé dans son équipe, l'an passé, il a nié ce qui paraissait pourtant évident, vu les stats plutôt médiocres des principales cibles de Josh Allen.
Le « moins pire » receveur de longue distance des Bills, Khalil Shakir (photo ci-dessous), n’a totalisé que 719 verges de gains aériens la saison dernière. Sa moyenne par passe captée était plutôt faible, à seulement dix verges par réception.
Parce que ses receveurs de longue distance ne parvenaient pas à se démarquer suffisamment, Josh Allen a subi 40 sacs en 2025-26. Il tenait le ballon trop longtemps en attendant que ses receveurs se libèrent. Pas idéal, disons !
Pour combler leur manque de vitesse en attaque aérienne, les Bills ont acquis DJ Moore (photo ci-dessous) dans un échange avec les Bears de Chicago. Toutefois, Moore, 29 ans, ne fait pas l’unanimité chez les experts. Après une première saison prometteuse avec les Bears en 2023 (96 réceptions pour 1 364 verges), ses statistiques n’ont cessé de baisser par la suite (966 verges en 2024, puis seulement 682 l’an dernier).
Son éthique de travail a chuté de la même manière après avoir signé son extension de contrat de 110 millions de dollars sur quatre ans en 2024. Au point que les Bears voulaient s’en débarrasser. Ce n'est pas le genre de "gazelle" qui peut étirer le terrain. Il lui manque la robustesse et l’intensité nécessaires pour briser les plaquages. Et ces dernières années, il semble souvent manquer de concentration.
Les Bills espèrent qu’il retrouvera son niveau de 2023 ainsi que celui de ses belles saisons passées avec les Panthers de la Caroline, où il avait brillé sous la supervision de Joe Brady en 2020 et 2021. Au moins, il conserve des mains sûres, car il laisse rarement échapper des passes.
Malgré ses récentes contre-performances, Moore peut encore s’imposer comme le meilleur receveur de sa nouvelle équipe, et offrir à Josh Allen une meilleure option que l’an dernier pour les longs gains aériens.
Brady compte aussi sur des receveurs comme Josh Palmer et Keon Coleman pour en offrir davantage. Avec Josh Allen, le meilleur quart arrière de la Ligue, l’attaque aérienne devrait pouvoir dépasser les 216,6 verges par match de l’an dernier (15e rang NFL).
À ce niveau, les receveurs éloignés doivent contribuer beaucoup plus. Il n’est pas normal que les receveurs les plus productifs soient les ailiers rapprochés Dalton Kincaid et Dawson Knox.
Avec leur puissante attaque au sol, à laquelle contribue grandement Josh Allen comme coureur, les Bills ont terminé la saison dernière au 4e rang de la NFL pour les verges totales par match avec 376,3. Mais un peu plus de variété et de complémentarité avec le jeu aérien rendrait cette offensive encore plus redoutable.
À cause des points d'interrogations au sujet de la défensive, cette attaque devra produire encore davantage cette saison pour assurer le succès du club sur le terrain. Les Bills devraient se battre jusqu'à la fin contre les Patriots de la Nouvelle-Angleterre pour le championnat de la division Est de la Conférence Américaine.
Et si tout se mettait en place, aussi bien en défense qu’en attaque, après les récents changements, qui sait si les Bills ne finiraient pas enfin par atteindre ce Super Bowl qui leur échappe depuis si longtemps ?
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